Vus
de loin, les manchots royaux se ressemblent. Les manchologues aussi.
Vus
de près, les manchots se ressemblent. Les manchologues, non.
Les
manchologues ne sont donc pas comme les manchots : ils ne se ressemblent
pas entre eux.
|
Manchots royaux
vus de loin © Mariane Benoit
|
|
Manchologues vus
de loin © Marine Delmas
|
|
Manchots royaux
vus de près © Mariane Benoit
|
|
Manchologues vus
de près © Marine Delmas |
Actuellement
ils sont cinq à œuvrer en Baie du Marin : Arnaud Farre (qui remplace
Pierre Carette, cf. article du 21 octobre), Mathilde Lejeune (qui remplace Anne
Cillard), Gaël Bardon, Thomas Faulmann et Maëlle Fusillier. Ces trois derniers,
venus en renfort pendant l’été, partiront lors de la prochaine OP c’est-à-dire
dans une quinzaine de jours.
Leur
mission consiste à comparer les informations collectées sur les manchots royaux depuis
plus de trente ans. De mon côté, j’essaie de comparer les manchologues depuis
septembre 2020.
Une
partie d’entre eux étudie et compare en ce moment les poussins de manchots dans
le cadre d’un protocole scientifique nommé "Early/Late". 150 de ces
poussins, dits précoces (nés en janvier) puis 150 autres, dits tardifs (nés en
février) ont déjà été étudiés en ce début 2021 grâce à des analyses de sang et mesures
biométriques - tarses, ailerons, poids - entre autres.
|
Différentes
mesures biométriques sur le manchot royal © Mariane Benoit
|
|
© Maëlle
Fusillier
|
Le but est d'étudier
les effets de la date d’éclosion sur les paramètres d’histoire de vie des
manchots, comme par exemple leur survie après leur 1er envol. Je
confirme votre surprise, le manchot, même si c’est un oiseau, ne peut pas voler…
L’expression « 1er
envol » désigne en ornithologie une phase de prise d’autonomie du
jeune, le terme désigne donc ici plutôt leur premier départ en mer.
|
© Alain
Matile
|
Je
peux difficilement effectuer de telles analyses sur chacun des manchologues
évidemment.
Ma démarche ne peut donc être scientifique mais seulement empirique
et sur un faible échantillonnage de spécimens. Mes observations à l’œil nu
m’indiquent qu’ils ne possèdent ni la même taille, ni le même poids, ni la même
pointure… Leur alimentation diverge aussi, je ne peux donc en mesurer l’incidence
sur leur résistance physique pourtant attestée. Peut-être le seul dénominateur majoritairement
commun - le chocolat, aliment récurrent et apprécié - y est-il pour quelque
chose ? Ce paramètre n’est malheureusement non applicable à l’un d’entre
eux : Arnaud. Je dois encore chercher dans quel autre aliment il trouve du
magnésium.
Leur
recherche sur les manchots permet aussi d’obtenir de précieuses informations
sur la variabilité interannuelle du sex-ratio à l’éclosion, la mortalité
hivernale des poussins en fonction des conditions environnementales annuelles.
Le degré d'attachement au lieu de naissance de ces jeunes manchots, lors de
leur reproduction future, et l’héritabilité des traits phénotypiques (morphologiques,
comportementaux) entre parents et poussin sont également étudiés, puisque
certains parents sont suivis depuis leur naissance grâce à leur puce
électronique.
Pour moi ça se
complique vraiment, j’ai oublié d’équiper de puces électroniques les parents - Anne
et Pierre - avant leur départ pour suivre leurs futures trajectoires. Je peux en
revanche évaluer le sex-ratio des poussins : 2 femmes (40 %), 3 hommes (60
%).
|
Les poussins
manchologues avec leur mère : Anne © Pierre-Jean Piovesana
|
L’attachement des parents et poussins à Crozet ne pose aucun doute. Souhaiteront-ils
revenir s’y marier est une question ouverte. Pour ce qui concerne
l’héritabilité des traits morphologiques, comme indiqué plus haut, à part les
bottes et les cirés qu’ils affectionnent particulièrement, pour le moment pas
de pistes précises. En revanche, les traits comportementaux des enfants comme des parents se
distinguent bien des autres hivernants, et laissent présager quelques résultats
intéressants :
- tous
les soirs ils mettent leur nourriture dans de petites boîtes, qu’ils
réchauffent le lendemain midi dans une autre grande boîte,
- ils
disparaissent tôt le matin dans la brume vers la Baie du Marin et
réapparaissent tard le soir, au même endroit,
- on
détecte régulièrement dans leur langage les mêmes mots étranges : ours,
cochon, antenne, couveur, fish-tag…
- avant
de dormir, ils aiment bien fabriquer de petits drapeaux multicolores...
La
recherche est en cours, les résultats ultérieurs seront donc communiqués sur ce
blog. Nous étudierons particulièrement à quel stade de leur développement les
poussins manchologues commenceront à émettre des cris de manchots, comme leur
père, Pierre.
|
Pli
philatélique © Alain Matile
|