mercredi 29 mars 2017

OP1-2017 2/2

L'OP1 vient de se terminer, après deux jours bien chargés. Du fait de contraintes de dernière minute, le Marion n'est resté que deux jours, au lieu des quatre envisagés initialement.

Le MD au mouillage, vu depuis la piste de la Baie du Marin - Photos : Régis GLIERE

En effet, les nids d'oiseaux étant trop près de la piste à Tromelin (district des Iles Éparses), le risque que le CASA ravitailleur entre en collision avec l'un d'eux est élevé. Cet incident s'est d'ailleurs déjà produit par le passé, immobilisant un appareil du fait d'une hélice hors-service. C'est pourquoi il a été décidé en dernière minute de faire passer le MD par Tromelin au retour des Australes. Le jour d'escale à Maurice (ravitaillement en gasoil) a été annulé, et les OP sur AMS et CRO raccourcies, afin de faire tenir cette escale dans la rotation.

Le Marion Dufresne au mouillage devant la base, à partir de 6h30 lundi dernier

Par chance, la météo était au rendez-vous : nous avons bénéficié de deux jours très peu ventés, et  en sus d'un mardi très dégagé. La force du vent reste le critère essentiel pour les rotations de l'hélicoptère, ce dernier ne pouvant voler au-delà de 60 nœuds. Les escales sur Crozet comportent donc toujours une part d'aléa non maîtrisable. Lorsque nous sommes arrivés en août dernier, une partie du fret n'avait ainsi pu être déchargée que le 4ème jour. On raconte même que le record serait de plus de 7 jours d'attente vaine devant Alfred Faure.

L'Ecureuil B3 sur la DZ vivres, devant la VieCom

L'avantage de se lever aux aurores est de pouvoir profiter des magnifiques levers de soleil que les habitués de ce blog connaissent désormais bien. Ces deux jours nous ont à nouveau gratifiés de perspectives exceptionnelles, comme vous pouvez en juger ci-dessous.

L’œil de Sauron est sur nous !! ...

... à moins que ce ne soit la lumière divine

Et quelques instants plus tard, vue depuis la chambre du Chef de district...

Ce temps idéal nous a permis de passer l'ensemble des slings (charges de fret) en une seule journée. Autant dire que l'essentiel était fait. Pendant ce temps, les passagers touristes découvraient la grande manchotière, tandis que le personnel du Siège (appelé "interdistricts" dans le jargon taafien) en profitait pour inspecter les installations. A noter aussi pendant cette OP la présence d'un personnel "phare et balises", qui vient périodiquement contrôler l'alignement des balises des Pointes Lieutard et Seince. L'alignement formé par ces quatre points lumineux sert aux navires de passage à déterminer le centre de la zone de mouillage autorisée.

Le deuxième jour, il restait à passer plusieurs conteneurs en plage via la portière - il s'agit d'une barge tirée par l'annexe du MD jusqu'à la plage, sur laquelle sont transportée les charges de plus de 750kg ou 1T, qui ne peuvent être prises par l'hélicoptère. Le lever de soleil était une fois de plus magnifique :



Malgré ce temps superbe, une houle bien perceptible en BdM rendait l'emploi des portières périlleux : il a donc été décidé d'annuler ces opérations dans la matinée. 

Pendant ce temps, les touristes étaient pour la journée à BUS, émerveillés comme à chaque fois par la nature sauvage et l'impression forte que laisse ce lieu. On les comprend totalement ! Et après le repas de midi avait lieu un "vol de souveraineté", du fait de la présence du Secrétaire Général - ce titre désigne en préfecture le Sous-Préfet placé directement auprès du Préfet, son second en quelque sorte. Autant dire qu'il n'y a pas que les touristes qui en ont pris plein la vue, votre serviteur ayant fait partie du vol, qui consiste en un tour de l'île par un représentant du territoire, visant à réaffirmer la souveraineté du pays sur ces terres.
 
Une superbe vue du Mischief depuis la mer, avec au premier plan le Pain de Sucre (la petite excroissance bien visible juste sous la crête)

Juste après, le Val Austère, entre les crêtes du Pain de Sucre et de la Tour Blanche

A 16h, l'ensemble des passagers devait repartir. Un moment fort en émotion, comme à chaque fois, nos dix partants laissant à présent la mission à 23, dont deux nouveaux arrivants. Bonne mer les amis !

dimanche 26 mars 2017

OP1 - 2017 (1/2)

De lundi à mercredi prochains aura lieu l'OP1-2017 sur Crozet. Le MD est bien dans les temps, n'ayant pas connu de problème particulier pendant la traversée. Cette OP marquera la fin de la campagne d'été, avec l'entrée dans l'hivernage proprement dit. Nous ne serons plus que 23 une fois la dernière rotation de l'HLO terminée, 10 personnes nous quittant, et 2 nouveaux hivernants nous rejoignant.

L'équipe de sécurité sur la DZ vivres, devant la VieCom, lors de l'OP4-2016

C'est aussi la dernière OP avant la fin de la mission 54, et même si celle-ci aura lieu dans plus de 4 mois, l'écrire laisse un sentiment curieux de nostalgie avant l'heure. En attendant, nous avons fêté dignement les partants hier soir, dans une soirée délocalisée au garage qui laissera des souvenirs mémorables à chacun. Quelques jours plus tôt, nous profitions d'un moment relativement dégagé pour réaliser une nouvelle photo de mission pour la période OP0-OP1.

Photo : France Mercier

L'OP1 va voir quelques nouveautés au niveau logistique. D'abord, les TAAF utiliseront les services d'un Écureuil B3, bi-moteur, pouvant transporter des charges jusqu'à 1T, au lieu de 750kg avec l’Écureuil mono-moteur. 

L'Ecureuil sur la DZ gravats - Photo : mission 52

L'avantage de cette solution, outre de réduire le nombre de rotations, est bien sûr de limiter l'emploi des barges en Baie du Marin, toujours très dépendant de la houle. Pendant longtemps, le fret arrivait en effet par la plage, et était monté par le téléphérique directement sur la base. 


L'arrivée du grand téléphérique photographiée durant la 4ème mission

La construction de la piste reliant la base à la BdM, différée pendant un certain temps, fut rendue inévitable à la suite d'une tempête avec des vents à 190km/h ayant emporté l'un des pylônes du grand téléphérique le 24 juin  1982, pendant la 19ème mission. Une partie des matériels et engins s'étant alors trouvée bloquée à la plage, il fut décidé d’entreprendre sans tarder les travaux par les deux extrémités en même temps.

Haut de la piste en 2008, avec sur la droite les restes de l'ancien téléphérique, démontés depuis

vendredi 24 mars 2017

Réponse : le Pic du Mascarin !

Et la réponse à la question était ... le Pic du Mascarin !

Bien que nous ayons déjà mis en ligne il y a quelques temps des magnifiques photos prises depuis ce site pendant la dernière mission, nous ne résistons pas à l'envie de vous faire partager à nouveau les superbes panorama qu'on peut y admirer.

Outre son altitude et la vision large qu'il offre de l'ile, le Pic de Mascarin a aussi l'avantage de n'être situé qu'à 3h de marche de la base, avec une montée plutôt régulière et douce (environ 800m de dénivelé). Il est donc possible d'adapter assez facilement le programme de sortie en fonction de la météo du jour, puisque l'aller-retour se fait sans problème dans la journée.

Tout d'abord, celle-ci commence par un lever aux aurores, afin de profiter du beau temps avant que d’éventuelles brumes de chaleur ne se lèvent. Ce sacrifice est immédiatement compensé par la vue toujours aussi splendide de l'Ile de l'Est.

Photo : Adrien DABET

Vous remarquerez que le soleil passe à présent au-dessus de l'ile, alors qu'il se levait il y a encore peu sur sa droite. En hiver, il sera à gauche.

Photo : Julie TUCOULET


Profitons à présent de ce diaporama pour faire un point sur la toponymie de l'Ile. Les différents lieux présentés dans la suite feront l'objet de descriptions plus détaillées au cours des prochains mois. Avec cet article et la carte ci-dessous, vous pourrez déjà vous faire une idée générale de leur situation géographique, et associer une image à chaque nom de lieu.



Une carte de 2009, avec une bonne partie des transits de l'époque, réalisée par Onésime PRUDHOMME. Les nombreux points GPS nous permettent de transiter en toute sécurité même dans une brume intense. L'Histoire a montré que, par le passé, des hivernants s'étaient perdus à 500m de la base par un jour de brouillard prononcé.

La montée vers le Mascarin débute sur le transit de La Pérouse, en direction de la rivière de la Malpassée, avant de quitter ce dernier pour s'engager sur la crête et cheminer sur l'arrête des Djinns. Celle-ci conduit directement au point final, à 934m, comme on le voit ci-dessous.
 

D'après le guide des toponymes des Iles Crozet, cette arrête tire son nom du type d'hélicoptère utilisé par le colonel Genty, qui a le premier survolé l'île en 1957, dans le cadre de son étude commandée par le Ministère de la Marine. Celle-ci avait notamment pour but de se faire une meilleure idée des reliefs de l'archipel, afin d'améliorer les prévisions météorologiques dans la zone des Kerguelen. Il faut se rappeler que l'ile était très mal connue à l'époque, n'ayant été cartographiée en 1962 - la première installation datant de 1961.

En cheminant sur la crête, on peut admirer sur notre gauche toute la zone du Lac Perdu, par laquelle passe la transit vers l'arbec de La Pérouse.

Photo : Florian GRACIA (mission 53)

Sur la droite, un magnifique panorama sur le quart nord-est de l'île, avec une vue large sur les différentes baies (Américaine, Hébé, Petit Cap) ainsi que sur la Vallée des Branloires. On aperçoit sans mal le transit le plus usité, vers Pointe-Basse, ainsi qu'un cheminement plus rare, à savoir celui qui relie Pointe-Basse à la vallée de la Hébé, via le col 500. Ce dernier permet de rallier BUS par une variante, au lieu de passer par la vallée des Branloires, en fonction des impératifs de manip.

Fluffy en a pris plein les yeux ! - Photo : Julie TUCOULET

Le même panorama avec un peu moins de nuage et sans annotation

En se retournant, on distingue notre chère île de l'Est, avec une perspective qui varie selon le point de vue et l'avancée de la mer de nuage qui se forme certains jours ensoleillées.

Photos : Adrien DABET


 

Au deux-tiers du trajet, on peut admirer de haut le fameux Cirque au mille-couleurs, qui tire son nom des multiples variations ocres, grises et vertes qu'il permet d'apprécier.

Photo : Régis GLIERE


Enfin, c'est presque arrivés au but que s'offre sur la droite une vue imprenable sur l'ensemble de la Vallée des Géants, surplombée par l'autre point culminant de l'ile, le Mont du Mischief et ses deux sommets caractéristiques. On distingue sans mal l'arbec de la Pérouse, la fameuse Tour Blanche, ou encore notre précieux relais 26, qui couvre sans mal une très grande portion de l'ile, perché sur son sommet venté. Le transit qui relie La Pérouse à Pointe-Basse y passe justement, en suivant les crêtes jusqu'au col 600, après une montée un peu rude vers le col du Mischief.


Gros plan sur l'arbec et ses environs. La faiblesse de la connexion nous oblige à compresser au maximum les photos, mais on peut voir nettement les différents éléments sur l'original
Un zoom encore plus précis. Bien que les guides de navigation indiquent qu'un débarquement serait possible à la plage de la Pérouse, on voit bien que ses abords sont plein de récifs

Au fait, d'où vient le nom de ce Pic ? Voici ce que nous en dit le guide des toponymes : "un mascarin, à l'époque, était un habitant des îles Mascareignes : île Bourbon (La Réunion), Île de France (île Maurice) et Rodrigues. La flûte du Roy, le Mascarin , 22 canons tirant 6 livres de balles, 140 hommes d'équipage, était commandée par Marion-Dufresne, capitaine de brûlot, lors de la découverte des îles."

Prochain article : OP1 - 2017 (1/2)