mercredi 1 avril 2020

Le mois de mars en image

Alors que les premiers poussins de grands albatros sont nés courant mars ...
... ceux des manchots royaux continuent de
grandir ...



... et apprennent à affronter la météo hivernale qui
commence à s'installer.




Les manchots de la Baie américaine ont, quant à eux, pu observer un superbe arc-en-ciel, ...
... voir revenir les orques, qui n'avaient plus été aperçues depuis presque deux mois
au large des côtes Est de l'île ...
... et croiser des otaries sur la plage.

Dernière vue dégagée pour des ''manipeurs'' en chemin pour le Pic du Mascarin, plus haut sommet
de l'île (934m). La brume au sommet n'aura pas permis de profiter par la suite de la vue qui peut
par temps clair permettre de voir jusqu'à l'île aux cochons !
Les ''manipeurs'' en haut du Mascarin

A la faveur d'une belle journée en cette fin d'été austral, la chasse aux espèces
végétales introduites a continué ce mois-ci sur la base.

Initié en 2012, le protocole ATLAS qui inventorie les espèces végétales de l'île et leur répartition, s'est conclu ce mois-ci avec l'étude d'une dernière ''maille'' au Cirque des milles couleurs où, pour se faire, l'équipe a bivouaqué une nuit.
 

Comme chaque mois, un exercice incendie, combiné cette fois-ci avec la présence d'un blessé,
a été effectué pour former au mieux les hivernants si un incendie venait à se déclarer sur la base.

Enfin, le mois s'est terminé sur un beau lever de soleil sur l'île de l'Est.

Photos de Yuseke Goto, Timothée Poupart, Julie Tucoulet, Arthur Bermes, Pierre Carette, Rémi Joly et Mathis Prioul

jeudi 26 mars 2020

Petit tour de la base Alfred Faure


Les manips scientifiques, les différents métiers exercés sur la base, l’environnement de l’île de la Possession…. : autant d’aspects de Crozet que ce blog s’attache à essayer de présenter au fil des articles. Mais s’il y a un lieu qui compte dans le quotidien des hivernants parce qu’ils y passent une grande partie de leur temps, c’est la base Alfred Faure.

Le camp provisoire sur la plage de la BdM en 1963
La première base installée sur l’île, en 1961, fut d’abord un camp provisoire établi dans la Baie du Marin et constitué de 5 constructions légères métalliques. Celui-ci fut utilisé durant les deux premières campagnes d’été menées par Alfred Faure, qui allait par la suite donner son nom à la base permanente. C’est en décembre 1963 que commence la construction de cette dernière par une équipe de 22 hommes arrivés avec 580 tonnes de matériel. En quatre mois, les premiers locaux sont construits et la base habitée ! Elle a depuis, évidemment, beaucoup évolué. 

La base Alfred Faure (prise de vue en 2009)

Elle est aujourd’hui constituée, entre autre, de quatre bâtiments servant de logement qui peuvent accueillir jusqu’à une cinquantaine de personnes : l’Azorelle (4 chambres), qui est également le bureau des télécommunications et de la gérance postale et où se trouve une petite salle de musique, le Francès (8 chambres), l’Albatros (16 chambres) et la Résidence (4 chambres), également bureau du Chef de district et du Chef Infra. En période d’hiver, quand les équipes sont au minimum, chaque hivernant réside dans une chambre individuelle et les chambres de passage sont inoccupées, ce qui n’est pas le cas lors de la campagne d’été, surtout lors de la période entre OP3 et OP4, où le nombre de résidents est le plus important. 

La vie sur base s’articule principalement autour de la ‘‘VieCom’’, le bâtiment de vie commune où se trouvent la cuisine, la salle à manger, un bar, un salon, une petite salle de cinéma et une bibliothèque. C’est le lieu de rassemblement de la base : on y prend ses repas, joue à des jeux de société, visionne un film au Cinéma ou joue au billard ou au babyfoot. Lieu de la collectivité, tout le monde est chargé de son entretien et de son nettoyage. Ainsi, chaque jour, selon un planning préétabli, deux hivernants effectuent le nettoyage des locaux et s’occupent de la logistique autour du repas. 


Le Biomar, à gauche, et l'Albatros, à droite


En plus des bureaux mentionnés ci-dessus, le bâtiment appelé Biomar regroupe tous les bureaux, laboratoires et espaces de stockage des programmes scientifiques de l’IPEV. La Réserve Naturelle a également un local pour le travail de bureau, entre deux manip hors base, de ses deux agents.

Différents ateliers et locaux techniques occupent la partie Ouest de la base : le garage, l’atelier Chaud-Froid, l’atelier Centrale avec les générateurs, l’atelier de l’équipe Infrastructures, des hangars de stockage ou de rangement des véhicules, la déchetterie où sont stockés les déchets non incinérables et le château d’eau qui contient l’eau remontée d’une rivière en contrebas. Un incinérateur se trouve plus bas, un peu à distance de la base.

Isolée du reste du monde, la base possède bien entendu un petit hôpital où réside également le médecin. Celui-ci est constitué d’une salle de soins, d’une chambre d’hospitalisation, d’un laboratoire, d’un cabinet de dentiste, d’une radio et d’un petit bloc opératoire lui permettant d’être paré, autant que faire se peut, à toutes les situations médicales ! 


Salle de soins de l'hôpital du district

Deux ‘‘boutiques’’ existent sur la base : la gérance postale, petite bureau de Poste du bout du monde, où l’on peut acheter des timbres et cartes postales. Et où les hivernants déposent avant chaque OP les colis et lettres en partance avec le Marion Dufresne, faisant de ce bureau un lieu très fréquenté les jours précédents les OP. La COOP regroupe les autres produits que l’on peut acheter, souvenirs, vêtements TAAF, quelques produits d’hygiène de dépannage, etc. 

La Gérance Postale, bureau de poste du bout du monde
La COOP où se vendent des souvenirs, produits de dépannage etc.

Enfin, à cela s’ajoute également une caserne de pompier, une salle de sport, une petite chapelle et une serre. Celle-ci servait anciennement à la culture mais, afin de limiter l’introduction d’espèces animales et végétales extérieures à l’île, il a été mis fin aux activités de potager en 2009. La serre sert aujourd’hui de lieu de rassemblement pour certaines occasions, on peut également y jouer au palet. Reliquat de cette époque, il reste tout de même dans la serre le seul arbre de l’île, un pommier !


Vue sur l'île de l'Est depuis la base

jeudi 12 mars 2020

Être cuisinier dans une base australe

Ludovic (à gauche) et Michel (à droite)
Après s’est intéressés au travail des agents de la Réserve Naturelle et à celui de l’équipe infra, c’est au tour de l’équipe cuisine de nous présenter comment s’exerce le métier de cuisinier sur une base des terres australes. 
Michel, chef cuisinier, et Ludovic, commis de cuisine, sont à Crozet pour une mission respectivement de 4 et 7 mois. Arrivés entre août et décembre derniers, ils repartiront avec la prochaine rotation du Marion Dufresne fin mars. Cette expérience à Crozet était pour tous deux une première dans les terres australes. 

Pouvez-vous présenter votre parcours et ce qui vous a amenés à venir travailler à Crozet ?
Ludovic : Alors que je cherchais du travail, j’ai entendu parler des TAAF dans un forum sur les métiers de la pêche. Cela m’a intéressé de venir découvrir les îles australes. Avant, je travaillais dans un restaurant de cuisine créole à Cilaos (La Réunion).
Michel : Cela fait trente ans que je suis cuisinier. J’ai eu un restaurant, été glacier, agriculteur. Au moment où j’étais en attente pour une formation pour devenir professeur en cuisine, j’ai répondu à une offre d’emploi des TAAF sans trop savoir de quoi il s’agissait. Quand on m’a présenté le poste, l’environnement dans lequel il s’exerce, je me suis dit que c’était une expérience de vie qui allait être très intéressante et un beau challenge personnel à relever.
Barbecue avec les hivernants

Quelles sont les spécificités du travail de cuisinier ici ?
Ludovic : La principale est de devoir travailler avec les produits disponibles. Juste après les ravitaillements effectués par le Marion Dufresne, nous avons des produits frais qui durent quelque temps mais ensuite, il faut s’organiser avec les conserves et le surgelé. Il faut aussi sortir de son domaine de spécialité ; par exemple, j’ai appris à faire du pain car ici, il n’y a pas de boulanger. On fabrique le repas du début à la fin.
Michel : Il faut satisfaire tout le monde sur le long terme. A la différence d’un restaurant, on nourrit en effet les hivernants deux fois par jour pendant plusieurs mois. Il faut donc arriver à savoir ce que les gens aiment et s’adapter, proposer de la variété… Il faut aussi faire attention à la gestion des stocks des produits de base (farine, sucre, etc.) car il n’y a aucun approvisionnement hors Marion Dufresne.
 
Ce que vous appréciez le plus ?
Michel : La cuisine de la base est située dans le bâtiment de vie commune, là où tout de monde passe et se retrouve. C’est donc un lieu central de la vie collective. La cuisine est spacieuse, très bien équipée et bénéficie d’une vue imprenable sur l’île de l’Est qui nous rappelle tous les jours la chance que nous avons de travailler dans un tel environnement. 

Un souvenir ou un défi professionnel particulier ?
Ludovic : pour chaque anniversaire d’hivernant, je fais le gâteau que la personne souhaite, peu importe la recette. Si je ne la connais pas, il faut alors que je fasse des recherches, des essais pour que ce soit bien réussi. C’est chaque fois un challenge !
Michel : Pour moi, cela a été la période d’arrivée qui a été très intense. En effet, arrivé le 15 décembre, il a fallu très rapidement prendre mes marques pour préparer ensuite les repas très attendus du 20 décembre (fête de l’abolition de l’esclavage célébrée à La Réunion et également sur les districts), de noël et du jour de l’an. Tout cela dans un laps de temps court, c’était beaucoup de pression pour mes premiers 15 jours ! 

 

Alors que vous allez vous-mêmes bientôt quitter Crozet, quels conseils donneriez-vous à un cuisinier qui envisage de postuler ?
Ludovic : Savoir s’adapter aux attentes des hivernants.
Michel : Être disponible et se préparer à devoir être polyvalent ! Et, comme le dit Ludovic, garder en tête que les cuisiniers sont au service des hivernants. C’est important pour la qualité de vie de chacun.

lundi 9 mars 2020

L'étude du vol des grands albatros


L’île de la Possession abrite une importante population de grands albatros, les oiseaux les plus grands du monde, avec une envergure d’ailes pouvant atteindre 3m50. Lors de leurs voyages alimentaires en mer, leur manière de planer en utilisant le vent (sans battre des ailes) leur permet de parcourir de longues distances tout en dépensant peu d’énergie. 

L’étude de cette optimisation du vol et de la sélection des zones de pêche est à l’honneur pour cette campagne d’été 2020. Le programme de recherche piloté par le Centre d’Etude Biologique de Chizé, en collaboration avec les universités de Tokyo et Liverpool, s’est intéressé aux caractéristiques du vol des grands albatros. Trois scientifiques (Timothée Poupart, Kentaro Sakamoto, Yusuke Goto) ont ainsi séjourné sur le district, et principalement à la cabane de Pointe Basse, là où se trouve la plus grande colonie de l’île appelée le Champ des Albatros.

Grand albatros mâle incubant son œuf
Leur travail a consisté à poser des petits capteurs sur le dos d’albatros, enregistrant leurs données de vol. Pour cela, le maître-mot est la patience ! Car pour couver l’œuf, le mâle et la femelle se relaient à tour de rôle sur le nid. Et c’est au moment de leurs relèves que les scientifiques doivent intervenir pour poser un capteur. Les relèves pouvant se passer à tout moment, il a fallu rester en observation continue durant de nombreuses journées, dans les conditions météorologiques crozétiennes, pour mener à bien la mission.

Colline donnant sur le Champ des albatros, poste d'observation
des scientifiques
Déploiement de matériel

Voici le trajet effectué par un albatros, renseigné par l’un de ces capteurs. Parti 23 jours consécutifs en mer, l’albatros a parcouru 16'306 km à une vitesse moyenne de 29 km/h. Ce mâle s’est d’abord rendu sur le plateau de Kerguelen, avant de continuer au Sud de Crozet dans les eaux antarctiques.

Trajet en mer d’un grand albatros de Crozet, nichant à Pointe Basse

Albatros en vol équipé d'une balise
Ces informations permettront par la suite de mieux connaître l’utilisation du vent par les albatros au cours de leurs voyages en mer, ainsi que l’orientation de leur recherche alimentaire dans l’immensité du paysage marin. L’éclosion prochaine des poussins va bientôt raccourcir la durée des trajets en mer, et les trois scientifiques arrivent bientôt au terme de leur travail de terrain. Ils repartiront fin mars, au prochain passage du Marion Dufresne, pour rapporter les balises dans leurs centres de recherche afin que les données recueillies soient analysées. Les albatros, eux, vont continuer de se relayer pour garder le poussin pendant les prochaines semaines, avant de le laisser seul sur le nid et de le nourrir jusque la fin de l’année.

Un couple de grands albatros au moment de la relève pour l'incubation de leur œuf

Photos de Y. Goto, K. Sakamoto, T. Poupart et A. Dupont
Merci aux scientifiques de ce programme pour leur aide dans 
la rédaction de cet article!