mardi 10 décembre 2019

La reproduction des manchots royaux - 2ème étape: les parades et le cantonnement


Alors que certains sont encore en train de finir leur mue, et d’autres, plus précoces ont déjà pondu leur œuf (étape 3), une partie des manchots de la Baie du Marin est actuellement en phase de parade et de cantonnement.
Lors des parades, phase de séduction dans la recherche de leur futur partenaire, les manchots exhibent leur tâche orange et leur plaque mandibulaire dans une démarche spécifique à cette période.



 
Il s’agit pour eux de se montrer sous leur plus beau jour mais également d’afficher leur ‘‘qualité individuelle’’. En effet, d’après des études scientifiques, il existerait une corrélation entre l’intensité de la couleur orange des tâches avec l’état de santé de l’oiseau : plus l’orange est intense, moins le manchot aurait de parasites et plus son statut immunitaire serait performant. Par ailleurs, la qualité du plumage indique également l’état de forme du manchot en raison de l’aspect énergivore de ce processus. S’il est donc essentiellement visuel, le moment des parades peut cependant également être accompagné de chants. 




Manchots royaux ''cantonnés'' après la phase de parade en Baie du Marin. 

Une fois le couple formé, débute la période dite de cantonnement. Le couple se place alors sur un territoire d’environ un mètre carré qu’il va défendre ‘‘bec et ailerons’’ ! 



C’est une phase stressante, propice à l’agressivité entre individus, les manchots devenant alors territoriaux pour garder cet espace où ils couveront à tour de rôle leur œuf et qu’ils occuperont jusqu’à l’émancipation de leur poussin dans quelques mois.

Photos et vidéos de B. Rico et A. Dupont

lundi 2 décembre 2019

Les cabanes de l'île de la Possession



L’île de la Possession a une superficie de 150 km2. Afin de faciliter les manips ayant lieu aux différents coins de l’île et d'y permettre des séjours de plusieurs jours, il existe trois cabanes, sorte de petits refuges, permettant aux scientifiques et aux personnes les accompagnant pour les aider dans leurs activités de dormir sur place. Ce sont de petites structures en bois, d’une capacité de quatre à cinq lits, construites et entretenues par l’IPEV.

L’équipement y est assez sommaire mais suffisant pour y passer de bons séjours. Au niveau logistique, elles sont pour deux d’entre elles équipées de panneaux solaires permettant de recharger les appareils électriques, l’éclairage se faisant principalement à la bougie. La cabane de Pointe Basse possède un petit incinérateur permettant de brûler les déchets incinérables, ces derniers sont sinon ramenés sur base à la fin de chaque manip pour être brûlés. Le reste des déchets, non incinérable, est trié et stocké sur place dans des touques qui sont ramenées chaque année sur base. Les cabanes n’ont pas d’eau courante mais sont toutes situées à proximité de rivière. Chaque année, elles sont ravitaillées par hélicoptère avec des vivres secs pour les douze mois à venir. Les VSC y séjournant régulièrement ont appris à utiliser au mieux les équipements de cuisine et y préparent, avec les moyens du bord, pain, pizzas ou autre !
 
Intérieurs des cabanes de La Pérouse et Pointe Basse

Celle de La Pérouse, située au Sud de l’île et à environ 5 heures de marche de la base, est la plus petite des trois. Elle est tire son nom de la Baie de La Pérouse située à proximité de la cabane et qui fût nommée ainsi en souvenir de la mission hydrographique de l'aviso La Pérouse dans les australes en 1949.

 
‘‘Posée au milieu de la Vallée des Géants, à deux pas de l'arrête des Djinns qui comporte les plus hauts sommets de l'île dont le pic du Mascarin, la cabane de La Pérouse est certainement le lieu qui aura le plus marqué mon hivernage. La vue donne une véritable leçon d'humilité, la sensation d'être un grain de poussière entouré par cette nature protectrice qui est si chère à nos cœurs.’’ Raphaël, Log IPEV

Vue depuis la porte de la cabane de La Pérouse


Vue depuis une fenêtre de la cabane
sur la plage de BUS et ses éléphants
de mer
La cabane de BUS (abrégé pour Baie US), au Nord-Est de l’île, semble posée sur la plage de la Baie Américaine qui doit quant à elle son nom à un navire phoquier anglo-saxon du XIXe siècle, l'America. Elle se rejoint, après 2h30 de marche et avoir traversé la Petite Manchotière.

"Petite par sa superficie mais immense par sa beauté, l’île de la Possession nous réserve bien des surprises ! L’une en particulier est la Baie Américaine (surnommée BUS par les hivernants). Une fois passé le Morne rouge, apparaît une plage immense, située dans la vallée des Branloires où coule la rivière Moby Dick. Perchée au-dessus du sable, se dessine alors une petite cabane sommaire mais  importante pour les scientifiques qui s’y rendent pour travailler et observer nature et animaux. On peut aussi y voir d’anciens vestiges de campement phoquiers du 19ème siècle. Pour ma part, BUS est l’un des plus beaux endroits de l’île." Jérôme, Infra

La cabane de BUS sur la plage de la Baie Américaine

Enfin, la cabane de Pointe Basse, au Nord-Ouest de l’île est la plus grande et la plus occupée durant l’année. Située à proximité du site de Jardin Japonais où se trouvent des colonies de manchots royaux et papous, il faut 7 heures de marche environ, en passant par le col 600 (pour 600 mètres), pour y accéder depuis la base Alfred Faure.

Lever de soleil sur la cabane de Pointe Basse

"Lorsque l'on arrive du col 600 et que l'on voit au loin la cabane de Pointe Basse perdue au bord de la rivière, avec au fond, d'un côté le Champs des Albatros, et de l'autre le Cap Vertical qui surplombe le Jardin Japonais, la sensation est vraiment magique. Ce n'est pas qu'une cabane mais un ensemble de petites cabanes constituant un lieu de vie pour faire de bons petits plats, se détendre, discuter, partager du temps les uns avec les autres. Une partie dortoir avec 4 couchages, le Magasin ou "Mammouth" qui permet de conserver tout ce qui touche à la nourriture pour l'année, une autre petite cabane appelée "Le Tétris" pouvant servir pour un lit supplémentaire si besoin et pour finir "l'Arbec" de Pointe Basse où est entreposé tout le matériel utilisé pour les manipulations ornithologiques ou d’autres programmes scientifiques.

 

Il fait bon vivre dans cette cabane, la rivière passe à côté, les animaux se font entendre et c'est un vrai  plaisir de pouvoir y aller en "manip" !" Guillaume, Gérant Postal et Télécommunications. 






Toutes ont leur charme propre et font l’objet de souvenirs et anecdotes des nombreux hivernants y ayant séjourné depuis leur construction. Certains d’entre eux sont d’ailleurs consignés dans les carnets d’arbec, sortes de livres d’or des cabanes dont les premiers datent des années soixante-dix, remplis d’histoires et de messages laissés par ceux qui y ont transité et ont écrit une partie de l’histoire des TAAF.  


Photos de F. Audon, L. Chambrin, A. Dupont, R. Gilly, F. Lacoste et G. Zaletto