lundi 27 juillet 2015

Transit vers la cabane de Pointe Basse


Lors d'un article précédent, nous vous avions fait découvrir le transit pour se rendre à la Baie Américaine. Cette fois-ci, Anaïs Rameau, scientifique de l'IPEV, vous propose de l'accompagner à Pointe Basse, vers une autre cabane de l'île située à l'ouest de l'île de la Possession. Elle se situe à l'opposé de la base Alfred Faure, la base permanente où nous vivons. Ces cabanes, mises à disposition et ravitaillées par l'Institut Polaire français Paul Émile Victor (IPEV), sont des lieux de vie sur le terrain pour les scientifiques. 

Pour cette longue marche, il faut s'équiper de chaussures de randonnée, car il faut traverser peu de rivières mais beaucoup d'étendues rocheuses, dangereuses pour les chevilles. Une petite polaire sous la veste imperméable est nécessaire car l'hiver est arrivé à Crozet avec son lot de vent, pluie ou neige. Il fait en général entre 3 et 5 °C.
La première étape de notre périple nous emmène à la Grande Cascade. Crédits photographiques :
Anaïs RAMEAU, IPEV.


Compte tenu des courtes journées hivernales (période d'ensoleillement pour randonner de 8h à 17h), les manipeurs partent après le lever du jour (8h30-9h00) et il faut toujours prévoir une marge suffisante car la neige, le vent violent arrivant de face et les fortes pluies peuvent nous ralentir. En théorie, cinq heures et demie sont nécessaires pour rallier la cabane de Pointe Basse.
La première partie du transit  nous emmène à la grande cascade. A la sortie ouest de la base, nous passons par les schelters "c'est trop loin", sorte de conteneurs aménagés pour l'analyse de l'air puis nous contournons le mont Branca. Cette partie ne comporte pas de difficultés mais est relativement longue et monotone. A la traversée de la Rivière du Camp, en haut de la cascade, nous faisons une vacation radio avec le BCR (Bureau des Vacations Radio) pour les prévenir de notre avancement.

Point de vue du col 390, les couleurs évoluent au fil des saisons. Crédits photographiques : Anaïs
RAMEAU, IPEV.
Ensuite il faut traverser un grand plateau rocheux où aucune herbe ou mousse ne pousse. Ce plateau s'appelle Jeannel, en hommage à un entomologiste qui avait étudié ce site pour sa richesse en araignées. Ce plateau domine la vallée des Branloires et sur la droite, vous pouvez reconnaitre le Morne Rouge et même apercevoir la cabane de BUS. A la fin du plateau, s'offre a vous le plus beau panorama de l'île, selon Anaïs.  
A gauche, se trouve le cirque aux milles couleurs, en face les Deux Rouquines, le Fer à Cheval et les différentes crêtes fermant la vallée des Branloires, qui s'étalent sur la droite jusqu'à la mer. Une deuxième vacation radio est effectuée avant de descendre le col 390. Le sol est constitué de scories, ce qui rend la descente très délicate (amoncellement de roches volcaniques de petite taille très légères et instables).
La rivière Moby Dick dessine le fond de la vallée des Branloires. Nous la suivons quelques temps et
commençons à grimper le col 600, qui mène sur une autre vallée : la Grande coulée où se trouve la
cabane de Pointe Basse. Crédits photographiques : Anaïs RAMEAU, IPEV.
Arrivés en bas du col, il est l'heure de faire une pause pour déjeuner à l'abribus. Pas la peine d'attendre le bus ni même de chercher les horaires car c'est le nom d'un endroit un peu abrité du vent au fond de la baie Américaine, surnommée ici "BUS".

Après une pause à l'abribus, à l'abri du vent, nous traverserons la vallée des Branloires et nous
dirigerons vers le col 600. Crédits photographiques : Clara MOREY-RUBIO, IPEV.
Après avoir suivi pendant près d'une demi-heure et traversé au moins cinq fois la rivière Moby Dick, il faut entamer l'ascension du col 600, sans doute le passage le plus difficile de ce transit.
L'ascension en direction du col prend environ une heure. Une pause est effectuée à "la roche musicale" où la tradition veut que chaque hivernant, à son premier passage, choisisse un caillou et le mette au centre de cette vasque naturellement creuse. Son nom vient du son qu'elle produit lorsqu'elle est tapée par un caillou.
Du haut du col 600, on a une très bonne vue de la vallée de la Grande Coulée. Crédits
photographiques : Anaïs RAMEAU, IPEV.
Juste avant l'arrivée au col, il faut bien marcher les uns derrière les autres car c'est une zone où des oiseaux (pétrels plongeurs) creusent leurs terriers. Arrivés en haut, il est rare en cette saison de pouvoir profiter de la vue donnant à la fois sur la vallée des Branloires et sur la Grande Coulée car en général le temps n'est pas suffisamment dégagé. Le vent et le froid rendent l'attente pénible. Nous faisons une dernière vac radio à la base et entamons notre descente vers Pointe Basse.
La cabane de Pointe Basse se trouve au pied du Rhinocéros et à proximité d'une rivière, ce qui facilite la vie en cabane, sans eau courante. Des panneaux solaires fournissent de l'énergie pour avoir de la lumière et un groupe électrogène peut être utilisé les jours où la météo n'a pas permis de charger les batteries solaires. Crédits photographiques : Anaïs RAMEAU, IPEV.
Cette cabane est la plus grande de l'île et peut être qualifiée de "grand luxe". En effet, ce sont quatre petites cabanes qui se regroupent sur un plancher sur pilotis : une cuisine, une chambre avec cinq lits, une autre où des conserves de nourriture sont stockées et enfin un espace de stockage d'échantillons récoltés sur le terrain. Un peu plus loin, en direction du champ des albatros, se trouve une ancienne cabane, la première installée. Elle est utilisée pour ranger le matériel de terrain de l'ornithologue (cordes d'escalade, bottes, bagues à oiseaux, raquettes pour marcher sur le sol humide, etc). 
Du champ des albatros, on peut apercevoir la Roche Percée et les Rochers des Moines. Au premier plan se trouve un poussin d'albatros hurleur et au fond à droite, des pétrel géants.
Crédits photographiques : Anaïs RAMEAU, IPEV.
La cabane est située dans un environnement propice à l'étude de la vie sauvage, loin de toute activité humaine. De la cabane, il est possible d'aller étudier : - les oiseaux nichant sur les falaises de Pointe Basse (albatros fuligineux et gorfous macaroni et sauteurs), la manchotière de Jardin Japonais (manchots royaux), le champ des grands albatros ou les otaries de la Mare aux Éléphants à la journée. Pour partir sur le site des Moines, il faut prévoir d'y rester la nuit. A cet endroit, pas de cabane mais une grotte naturelle aménagée, permettant de monter une tente à l'abri du vent et de la pluie.
La manchotière du Jardin japonais est la plus grande de l'île de la Possession. En janvier 2015, 27 812 manchots royaux sur œufs y étaient recensés. Son accès est réglementé pour limiter le dérangement des animaux.
Crédits photographiques : Anaïs RAMEAU, IPEV.
Depuis 2006 et la création de la Réserve Naturelle, les accès à ces sites naturels sont restreints et un
nombre d' "entrées" est attribué à chaque programme afin de concilier au mieux études scientifiques
et respect de la tranquillité des animaux.

Reportage: Anaïs RAMEAU - Biologiste.

1 commentaire:

Paul Kerrien a dit…

superbe balade et la toponymie m'a fait sourire avec notamment les Deux Rouquines ;)