mercredi 21 février 2018

Plongée dans le monde des manchots royaux - Argonautica N°1

Journal Argonautica pour Crozet, Saison 2018 N°1

Par Vincent Bourret, IPEV (son portrait)


Amis lecteurs, bienvenue sur l’archipel de Crozet, où vous allez pouvoir découvrir des animaux réellement fascinants : les manchots royaux.

Crozet est un archipel de l’Océan Austral, situé à environ 2800 km au Sud de l’île de La Réunion. Il est constitué de cinq îles, dont seule la plus grande, nommée île de La Possession, abrite entre 20 et 50 personnes, logées sur la base Alfred Faure. Le climat sur l’île est typique des îles Australes : froid en hiver, frais en été, et très perturbé avec des précipitations abondantes et du vent. Les saisons sont inversées par rapport à l’hémisphère Nord où se trouve votre école. Le mois de février se situe donc en été. Malgré tout, la température ces jours-ci se situe autour des 10 °C en journée, et tombe souvent sous les 5 °C la nuit !

Les animaux qui vivent ici sont donc bien adaptés au froid. Les manchots royaux, en particulier, sont des oiseaux très étonnants. Ils ne savent pas voler. En revanche, ils passent une très grande partie de leur temps à nager et à plonger en mer, car ils se nourrissent essentiellement de petits poissons capturés en profondeur et loin de l’archipel. Ils sont donc capables de rester plusieurs semaines dans une eau dont la température est souvent comprise entre 2 °C et 5 °C. Les manchots viennent à terre pour se reproduire. On les trouve alors en très grand nombre (des milliers, parfois des dizaines de milliers d’individus) sur de grandes plages de l’île de la Possession et d’autres îles de l’archipel.
 
La reproduction des manchots royaux

Sur l’île de la Possession, les manchots se reproduisent notamment sur un site appelé Baie du Marin, où l’on trouve environ 15 000 couples reproducteurs répartis sur une plage et au bord d’une rivière. Au mois de novembre, les couples se forment, l’accouplement a lieu et la femelle pond un œuf. Au bout de quelques jours, elle passe cet œuf à son compagnon (le mâle) et repart en mer pour se nourrir après toutes ces émotions. Le mâle, quant à lui, reste fidèlement sur l’œuf afin de le maintenir au chaud. C’est très important pour le bon développement du bébé manchot (le poussin) qui sortira normalement de cet œuf, s’il a bien été couvé, 54 jours après la ponte, donc au mois de janvier. La sortie de l’œuf est appelés « éclosion » (photo ci-dessous). En attendant l’éclosion, les parents se relaient : l’un couve l’œuf pour le maintenir au chaud (c’est ce qu’on appelle l’incubation), pendant que l’autre part en mer pour se nourrir. Ces voyages en mer, surtout au début de l’incubation, sont très longs et durent parfois près de 3 semaines. Cela veut donc dire que :

  •  l’un des parents passe 3 semaines à nager, plonger et flotter en mer, sans jamais revenir à terre,
  • et que l’autre parent reste pendant 3 semaines sur son œuf, dans le froid et les intempéries, presque sans bouger et surtout sans rien manger !

Les manchots royaux sont donc des êtres vraiment étonnants, et c’est pour cela que nous les étudions…

Après l’éclosion, les parents continuent à se relayer, cette fois pour nourrir le poussin en régurgitant du poisson qui se trouve dans leur ventre mais qu’ils n’ont pas encore digéré. Les voyages se font plus courts car le poussin a besoin de manger beaucoup et souvent pour grandir et pouvoir se protéger du froid et des prédateurs. A l’éclosion, les poussins pèsent autour de 250 g, mais après seulement un mois (donc à cette période-ci de l’année), ils sont déjà 10 fois plus lourds et pèsent environ 3 kg (soit autant qu’un bébé humain à la naissance !)


Poussin en début d’éclosion. L’œuf est posé sur les pattes de l’adulte qui le maintien au chaud. Arrivez-vous à distinguer le bec du poussin qui commence à briser sa coquille ?


L'objectif des travaux scientifiques et les dispositifs d'étude

Un objectif essentiel du programme auquel je participe ici est de mieux comprendre les voyages en mer de ces animaux. Ce sont des nageurs et plongeurs exceptionnels : ils nagent très vite et très longtemps, et plongent très profondément. Nous ne sommes donc pas capables d’aller les suivre lorsqu’ils vont en mer. Nous avons ainsi recours à une astuce qui consiste à les équiper, lorsqu’ils sont à terre, avec des appareils enregistrant des données sur leur activité une fois en mer.

Différents types d’appareils sont ainsi posés sur les animaux à terre, et enregistrent des données lorsque les animaux repartent en mer :

  • Des balises Argos nous renseignent sur la position des animaux dans l’océan. C’est un très beau système, qui permet de connaître à tout instant la position d’un animal équipé, depuis la France. C’est l’objet du site Internet du CNES Argonautica, qui vous met à disposition ces données. Vous pouvez donc savoir à tout moment où se trouvent les oiseaux équipés de balises Argos !
  • Des enregistreurs de plongée, appelés MK9, nous renseignent sur la température de l’eau dans laquelle nage le manchot, et sur la profondeur à laquelle il se trouve. Ces données ne sont pas transmises à distance comme dans le cas du système Argos, il faut donc attendre de récupérer l’appareil à terre pour voir à quelle profondeur le manchot a plongé et quelle était la température de l’eau.
  • Enfin, des accéléromètres, appelés « Wacu », mesurent les accélérations des manchots lorsqu’ils nagent. Ces accélérations ont lieu par exemple lorsque les manchots tentent de capturer les petits poissons dont ils se nourrissent. Comme dans le cas des MK9, il faut attendre de récupérer les appareils pour connaître les accélérations des manchots.


Nous posons nos appareils enregistreurs sur les parents qui s’occupent des poussins, car c’est un moment où ils ont moins tendance à fuir lorsqu’on cherche à les manipuler.

Ces jours-ci, nous avons équipé cinq individus, trois avec des balises Argos et deux avec des MK9. Les individus sont marqués sur le ventre avec de la teinture à cheveux, et sur les ailerons avec des adhésifs de couleur. Sans cela, il nous serait difficile de les reconnaître les uns des autres ! Nous les nommons avec une lettre et des chiffres.


Les individus étudiés

Voici donc une petite présentation de quelques-uns des individus que nous venons d’équiper…

(1) Manchots équipés d’une balise Argos (pour connaître la position des oiseaux) :

  • L’individu F10 a été équipé d’une balise Argos le 9 février. Il est à terre depuis le 7 février et ne devrait donc plus tarder à repartir en mer… Son poussin, ainsi que son conjoint, sont également marqués pour pouvoir les reconnaître. Numéro de la balise Argos : 166438

  • L’individu F04 a été équipé d’une balise Argos le 9 février. Il est parti en mer probablement le lendemain. Son partenaire, appelé F14, prend soin du poussin en attendant ! Numéro de la balise : 166437.

  • L’individu V01 est exactement dans le même cas. Il a été équipé d’une balise Argos le 9 février et a dû partir en mer le 10. C’est V11, son partenaire, qui prend soin du poussin en attendant. Numéro de la balise : 166436.

 
(2) Manchots équipés d’un enregistreur de plongée MK9 : 

Les deux individus F01 et F03 (photographié ci-dessous) ont été équipés le 6 février. F01 est parti en mer quelques heures après ! Quant à F03, il a prolongé son séjour à terre et n’est parti que le 11 février… Les partenaires de ces deux oiseaux (marqués) sont à terre et prennent soin des poussins (eux-aussi marqués : tout le monde est marqué dans la famille !). Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir la tête du poussin dépasser de dessous l’adulte qui le maintien au chaud !




 
Lors de la prochaine édition, nous parlerons du retour à terre de ces animaux…

En attendant, je vous souhaite une bonne continuation.

1 commentaire:

DRAPIER Monique a dit…

je venue à Crozet en Janvier 1998 en tant que touriste on avait été hébergé à la baie américaine depart en helico retour à pied pendant quelques jours j'en garde un souvenir extraordinaire j'ai encore en mémoire la curiosité de ces manchots royaux qui inspectaient l'intérieur de la tente en se tordant le cou dans tous les sens et aussi leur cri si particulier.Mais aussi les conditions climatiques le vent qui avait emporté la tente obligé de nous refugier dans les cabanes en dur les albatros qui nichaient par terre et l'éléphant de mer très mécontent car on avait installé la tente sur son territoire la cascade qui coulait souvent dans le mauvais sens tellement il y avait du vent.Je crois que les taaf n'ont pas renouvelé cette expérience car maintenant les touristes restent à bord du Marion.Appreciez chaque instant vous garderez un souvenir impérissable de cette nature sauvage, de ce climat rude qui nous fait bien comprendre que nous sommes vraiment peu de choses sur cette terre.Merci pour votre blog très bien tenu et qui nous permet de suivre vos recherches très intéressantes.