lundi 16 octobre 2017

Pic du Mascarin

Un dimanche sur le point culminant de l'Île de la Possession

 

Panorama à 360°


Un créneau météorologique exceptionnel s'est ouvert ce week-end, après des semaines bien nuageuses et très venteuses : une occasion rêvée pour sortir de la base et s'aventurer sur les pentes du Pic du Mascarin pour cinq d'entre nous.  

Guide et inspiratrice de la "Manip Mascarin", Anne-Claire a vite été rejointe par quatre volontaires : Joseph, Dominique, Yvan et Christophe. Dimanche matin, le petit groupe de cinq a donc entrepris l'ascension des 934 mètres du point culminant de l'Île de la Possession. Le départ a eu lieu dans le brouillard qui noyait alors la base. Il s'est bientôt déchiré pour laisser place à un ciel radieux qui laissait l'île dévoiler tous ses paysages.

Un peu d'histoire et de géographie
 
Le nom "Mascarin" fut donné en 1962 au plus haut sommet de l'Île de la Possession. La Commission Territoriale de Toponymie rendait ainsi hommage au "Mascarin", navire que commandait Marion-Dufresne lorsqu'il découvrit des Îles Crozet en janvier 1772. Cette flûte (type de navire à trois mâts très utilisé jusqu'à la fin du XVIIème siècle) était équipée de 22 canons et 140 hommes d'équipage. Ce vaisseau royal avait pour mission l'exploration des mers du Sud à partir des îles Mascareignes comptant l'Île Bourbon (la Réunion), l'Île de France (Maurice) et Rodrigues.

L'Île de la Possession est le témoignage d'un imposant stratovolcan dont les plus anciens vestiges encore visibles datent de près de 8,7 millions d'années. Son histoire géologique a été très mouvementée et a connu trois épisodes bien distincts. Du premier il ne reste que très peu de traces. L'édification du premier stratovolcan s'est étendu entre 8,7 et 2,1 millions d'années et s'est probablement terminé par l'effondrement d'une caldéra située à l'ouest de l'île (sa partie la plus escarpée). S'en est suivie une deuxième phase entre 1 et 0,5 million d'année caractérisée par de nombreuses coulées magmatiques. Leurs successions ont donné lieu à la formation de plateaux encore très visibles.  Enfin, un dernier épisode volcanique holocène (ie. notre ère géologique qui date de moins de 10 000 ans) a créé de nombreux cônes qui rappellent l'origine volcanique de l'île. Au cours de cette longue histoire géologique d'autres phénomènes sont également venus modeler les paysages et enrichir leur diversité, notamment des glaciers qui ont creusé de larges vallées dans les anciennes plaines magmatiques.

L'ascension du Pic du Mascarin à partir de la Base Alfred Faure nous invite à une traversée de la Possession d'Est en Ouest et offre une vue imprenable sur les paysages volcaniques et glaciaires de l'Île de la Possession.

 
 
Invitation au voyage en quelques photos ...


Sur le point culminant de l'Île de la Possession (934m), Joseph vous invite à un voyage dans les paysages de l'île. Plein Est, à plus de vingt kilomètres, notre mystérieuse voisine et objet de bien des fantasmes des habitants de la base Albert Faure : l'Île de l'Est. L'Île de l'Est est le plus vieux vestige de l'histoire volcanique de l'archipel. Elle abrite également le plus haut sommet de Crozet : le Mont Marion-Dufresne (1050 m). 
Sur la ligne d'horizon à l'ouest de la Possession, et de gauche à droite, l'Île des Pingouins, l'Île aux Cochons et les Îlots des Apôtres. Avec la Possession et l'Île de l'Est, ces îles, distantes d'une centaine de kilomètre, forment l'Archipel de Crozet. Le voyage d'est en ouest est aussi un voyage à travers l'histoire géologique de la région. Avec sa forme parfaite et spectaculaire de cône, l'Île aux Cochons (au centre sur la ligne d'horizon) témoignent d'un épisode récent ... entre 1 million et 500 000 ans.
Le Mont du Mieschief (921m) et la vallée des Géants encadrée par les plus hauts sommets de l'Île de la Possession (Mieschief au nord-ouest et Mascarin au sud-est). On distingue également au dernier plan, à droite, les Monts des Cratères avec leur relief volcanique typique et les cônes de scories datant de l'holocène (il sont donc âgés de moins de 10 000 ans). Ils sont encore remplis de neige en ce début de printemps austral.  
Dominique surplombant le panorama de l'ouest de la Possession. Ces paysages offrent un visage différent de l'île avec de larges vallées glacières creusées par le temps dans les coulées volcaniques devenues plateaux. On peut très nettement voir les différentes strates de lave sur la Crête de l'Alouette qui plonge dans la Baie Américaine.  
La Vallée des Branloires et la Baie Américaine vue du sommet. On distingue au second plan le Plateau Jeannel, typique des formations de coulée magmatique, vestige du deuxième âge volcanique de l'île. Sur les flancs de l'Arête des Djinns des bandes de scories rouges de formation beaucoup plus récente.
Le Cap de la Meurthe et les Monts Jules Verne qui tirent leur nom de l'auteur de "l'Île Mystérieuse". Au premier plan le haut du Cirque aux Mille Couleurs avec son paysage volcanique récent caractéristique. 
Le Cirque aux Mille Couleurs et la sublime Vallée des Branloires. A gauche les Deux Rouquines et à droite le "390" qui domine une coulée de scories rouges descendant du Plateau Jeannel. Tous ces repères sont autant de jalons sur le transit de la base à Pointe Basse au Nord Ouest de l'île.
La palette d'ocres du Cirque aux Mille Couleurs.
Yvan reprenant le chemin de la base, laissant derrière lui le Pic du Mascarin dont le versant Sud est encore enneigé.
Dernier regard d'Anne-Claire sur le Lac Perdu et l'Au-Delà, la combe qui l'abrite. Au fond, le Cap du Galliéni et la Baie de La Pérouse. Tout à fait à droite, le Pic du Mascarin et ses escarpements enneigés.
L'Île de l'Est vue de l'Arête des Djinns (874m). La crête tient son nom du type d'hélicoptère "Djinn" qui fut le premier à survoler la Possession en 1957 avec le Colonel Genty. 
En fin de journée, le brouillard remonte du Nord-Ouest pour bientôt envelopper le Mont Branca, dernière étape du retour vers la base.
De retour sur la base perdue dans la brume, après une sensationnelle journée sous un soleil aussi radieux que rare dans nos contrées subantarctiques.

samedi 7 octobre 2017

Ils reviennent : les skuas

Le skua subantarctique

Le "cabot" de Crozet


Nous nous moquions gentiment de lui hier dans un précédent article. C'est pourtant un des très beaux oiseaux qui viennent périodiquement sur les côtes de îles subantarctiques pour se reproduire. Revoilà donc les couples de skuas qui peuplent à nouveau les alentours de la base Alfred Faure en ce début octobre.

Peu farouche et extrêmement curieux, il vient volontiers à votre rencontre et vous observe pendant de longues minutes. Peut-être est-il aussi un peu cabotin, comme semblent l'attester les "portraits" photographiques du jour.     


Nom anglais : Subantarctic skua
Nom latin : Catharacta antarctica

Description
Oiseau robuste, de couleur uniforme brune (clair ou foncé). A l’apparence d’un Goéland mais beaucoup plus trapu. Une tache blanche sous les ailes, à la base des primaires. Le dessus brun peut être parsemé de taches plus claires. Il mesure 52 à 64 cm de long pour une envergure de 126 à 160 cm et un poids ne dépassant pas les 2,5 Kg.

Comportement
Le Skua est un charognard qui tire profit de la moindre carcasse. Il peut également tuer directement des petits Pétrels, Prions et Océanites qu’il attend à la sortie des terriers. Il prospecte également beaucoup les manchotières où il consomme les oeufs et est capables de tuer adultes blessés ou malades et poussins isolé.

Reproduction
Les Skuas s’installent sur les colonies de reproduction en Octobre – Novembre et sont très territoriaux. La ponte se compose de 1 à 2 oeufs qui seront couvés pendant 28 à 32 jours. Les jeunes prendront leur envol 40 à 50 jours plus tard et atteindront leur maturité sexuelle à 6 ans.









vendredi 6 octobre 2017

J'vous ai apporté des bonbons ...

Et pendant ce temps les skuas se marrent ... 

Le roman photo de Crozet (âmes sensibles s'abstenir)


Les manchologues de la Baie du Marin ne savent plus où donner de la tête. En quelques jours ils ont vu arriver non seulement les adultes manchots dont certains commencent leur mue (scoop de dernière minute : on nous rapporte également quelques parades nuptiales), mais aussi les éléphants de mer. Les femelles de ces derniers ont commencé de mettre bas et notre carnet rose s’enrichit quotidiennement de nouvelles naissances de "bonbons", sobriquet affectueux que les îliens donnent aux jeunes éléphants de mer.

Mais qu'elles ont l'air appétissantes ces friandises poilues ! Le gigantisme des éléphants de mer n'ayant pour égal que la voracité des pétrels géants, nous avons assisté cette semaine à une scène bien cruelle qui nous rappelle la dureté de la nature. Un répit bien venu pour les poussins manchots de la Baie du Marin qui assistaient, cette fois-ci, goguenards à la curée. Car la le plus souvent ce sont eux qui font les frais de la faim insatiable des pétrels ! Et pendant ce temps les skuas se marrent car ils savent bien qu'ils se régaleront bientôt des restes du festin ... 


Mois de septembre en Baie du Marin

Tout au long du mois de septembre, et en ce tout début du printemps austral, les éléphants de mer ont réapparu en Baie du Marin (île de la Possession). La plage de Port Alfred est de plus en plus encombrée.

Les jeunes manchots qui, il y a encore quelques semaines, bénéficiaient de larges espaces tranquilles doivent désormais cohabiter avec d'éructants voisins. "Passe encore que les parents reviennent me casser les ailerons (ils m'apportent bien à manger), mais subir un tel voisinage est indigne de ma royale personne !" semble nous dire ce jeune "ado" scandalisé devant le sans-gêne d'un gros mâle éléphant, avachi dans sa manchotière.    

  

 Manchotière ou bonbonnière ?

La crèche de poussins manchots est en effet bientôt envahie par une autre nurserie. Les femelles éléphants de mer reconstituent les harems. Sous l'oeil toujours vigilant du pacha, elles donnent naissance à leur petit qu'elles n'allaiteront que quelques jours avant de convoler avec le gros mâle qui les surveille de près. Il est vrai que les belles sont très convoitées par une foule de prétendants qui n'ont toutefois guère de chance de faire le poids face au big boss et ses quelques trois tonnes.
   

Mais pour l'heure, ces dames n'ont cure des querelles des garçons. Elles se reposent de leur long séjour en mer, allaitent leur progéniture et semblent leur donner quelques leçons et conseils avant de très rapidement les laisser se débrouiller. Le temps étant compté, on passera vite sur le chapitre "bonnes manières" de l'éducation. Vous venez ainsi de comprendre pourquoi l'éléphant de mer est considéré comme un des animaux les plus malpolis du règne animal.

Note de la rédaction : Je crains que cette dernière remarque, quoique parfaitement argumentée, n'ait rien de scientifique. Pardon à nos lecteurs spécialistes des pinipèdes. Un droit de réponse leur est accordé sur ce blog. 





 Drame à Port Alfred : le gang des pétrels géants à encore frappé

En ce beau matin de début octobre tout semblait calme ... enfin calme, disons pas plus bruyant que d'habitude, les crèches de poussins royaux piaillaient alors que les adultes s'entrainaient à vocaliser pour les prochaines parades nuptiales, les éléphants de mer émettaient leurs continuels borgborithmes, les goélands et les skuas s'insultaient copieusement à distance ...

Soudain un cri déchirant couvrit le vacarme ambiant. L'atmosphère se fit soudain lourde, un profond silence enveloppa la Baie du Marin. Le cri d'une mère affolée ... Un simple moment d'égarement, un beau mâle élancé (note du correcteur : rayé = pas crédible) passant non loin, son regard avait quitté l'espace d'un instant son petit. Suffisamment de temps pourtant pour que le bonbon disparaisse ...  

NdlR : Bon, pour tout vous avouer, j'ai un peu exagéré la scène au profit du drame littéraire. En fait, malgré le cri effectivement déchirant de la mère, il n'y a pas eu le moindre moment de silence, ni le moindre intérêt quelconque du voisinage au drame qui se jouait alors à quelques mètres. Et pour être très honnête, la mère était d'autant moins attentive que le bonbon était chétif et ne semblait pas très en forme. La nature est si cruelle ... Pardon à nos lecteurs éthologues. Un droit de réponse leur est également accordé sur ce blog.



En quête de la moindre opportunité, les pétrels profitaient de l'inattention de la mère pour se jeter sur le bonbon ... Quelle aubaine ! Manchot matin midi et soir, ça finit par lasser. Alors du bonbon ! Le perfide volatile n'aurait jamais laissé s'échapper une telle occasion de festin.
 
Sa voracité n'ayant plus de limite le terrible volatile plonge sa tête dans les entrailles de sa victimes et l'en ressort sanguinolente. Le pétrel surexcité par cette profusion de nourriture en a les yeux exorbités. Il en déploie ses larges ailes d'aise (près de deux mètres d'envergure), à moins que ce soit pour éloigner les importuns et intrépides chionis.




Après de longues minutes d'indécente gloutonnerie, notre goinfre ailé, repu et le ventre rebondi, abandonne enfin ce qu'il reste du bonbon pour aller faire une sieste tranquille.

 



Les skuas s'esclaffent. Le pétrel a eu plus gros yeux que gros ventre. Ils vont aussi pouvoir faire bombance des restes. Ils ont bien fait de revenir profiter eux aussi de l'hospitalité légendaire de l'Île de la Possession. Le tuyau que leur avait donné leur vieille connaissance le léopard des mers n'était donc pas troué : on vient bien d'ouvrir un nouveau restaurant 3 étoiles en Baie du Marin (voir un précédent article du blog).

 

Les poussins de manchots observent la scène mi outrés, mi amusés. Pour une fois qu'ils ne sont pas au menu d'une de ces bamboches australes ! 

Ben quoi !