jeudi 22 avril 2021

Cérémonie en souvenir de Pierre Frigola

Ce jeudi 22 avril 2021, une délégation de sept personnes est partie à proximité du Cap de Gauss pour commémorer l’anniversaire de la mort accidentelle de Pierre Frigola, il a y 37 ans jour pour jour, devant la croix érigée en son souvenir.

Pierre, ornithologue, engagé par  l’équipe etho-écologie des TAAF en 1983-84 comme volontaire de l’aide technique avait pour mission le suivi de dynamique de populations d’oiseaux sur l’île de la Possession. Suite à sa mort tragique à l’âge de 26 ans, lors d’une mission de baguage d’albatros fuligineux, la mission 21 a construit sur la base la petite chapelle baptisée Notre-Dame-des-Oiseaux en son hommage.
 
En union avec sa famille, et sûrement ceux de la mission 21 qui pensent à lui chaque année le 22 avril, nous avons évoqué son souvenir puis nous nous sommes recueillis en mémoire à ce camarade mort pour la France et pour la science.
 
©Alain Matile
 
Florent Sabatier, Alizé Riou, Marine Delmas, Arnaud Farre, Alain Matile, Guillemette Choquet et Mariane Benoit étaient présents. Merci à l’équipe infras d’être venue le mois dernier restaurer la croix, battue en plein vents par les intempéries, et dont la restauration permettra de garder le symbole du souvenir de Pierre intact.

mardi 23 mars 2021

Petit essai de manchologie appliquée

Vus de loin, les manchots royaux se ressemblent. Les manchologues aussi.

Vus de près, les manchots se ressemblent. Les manchologues, non.

Les manchologues ne sont donc pas comme les manchots : ils ne se ressemblent pas entre eux. 

Manchots royaux vus de loin © Mariane Benoit

Manchologues vus de loin © Marine Delmas

Manchots royaux vus de près © Mariane Benoit

Manchologues vus de près © Marine Delmas
 
Actuellement ils sont cinq à œuvrer en Baie du Marin : Arnaud Farre (qui remplace Pierre Carette, cf. article du 21 octobre), Mathilde Lejeune (qui remplace Anne Cillard), Gaël Bardon, Thomas Faulmann et Maëlle Fusillier. Ces trois derniers, venus en renfort pendant l’été, partiront lors de la prochaine OP c’est-à-dire dans une quinzaine de jours.
 
Leur mission consiste à comparer les informations collectées sur les manchots royaux depuis plus de trente ans. De mon côté, j’essaie de comparer les manchologues depuis septembre 2020.
 
Une partie d’entre eux étudie et compare en ce moment les poussins de manchots dans le cadre d’un protocole scientifique nommé "Early/Late". 150 de ces poussins, dits précoces (nés en janvier) puis 150 autres, dits tardifs (nés en février) ont déjà été étudiés en ce début 2021 grâce à des analyses de sang et mesures biométriques - tarses, ailerons, poids - entre autres. 

Différentes mesures biométriques sur le manchot royal © Mariane Benoit


© Maëlle Fusillier

 
Le but est d'étudier les effets de la date d’éclosion sur les paramètres d’histoire de vie des manchots, comme par exemple leur survie après leur 1er envol. Je confirme votre surprise, le manchot, même si c’est un oiseau, ne peut pas voler… L’expression « 1er envol » désigne en ornithologie une phase de prise d’autonomie du jeune, le terme désigne donc ici plutôt leur premier départ en mer.
 
 

© Alain Matile


Je peux difficilement effectuer de telles analyses sur chacun des manchologues évidemment. 
 
Ma démarche ne peut donc être scientifique mais seulement empirique et sur un faible échantillonnage de spécimens. Mes observations à l’œil nu m’indiquent qu’ils ne possèdent ni la même taille, ni le même poids, ni la même pointure… Leur alimentation diverge aussi, je ne peux donc en mesurer l’incidence sur leur résistance physique pourtant attestée. Peut-être le seul dénominateur majoritairement commun - le chocolat, aliment récurrent et apprécié - y est-il pour quelque chose ? Ce paramètre n’est malheureusement non applicable à l’un d’entre eux : Arnaud. Je dois encore chercher dans quel autre aliment il trouve du magnésium.

Leur recherche sur les manchots permet aussi d’obtenir de précieuses informations sur la variabilité interannuelle du sex-ratio à l’éclosion, la mortalité hivernale des poussins en fonction des conditions environnementales annuelles. Le degré d'attachement au lieu de naissance de ces jeunes manchots, lors de leur reproduction future, et l’héritabilité des traits phénotypiques (morphologiques, comportementaux) entre parents et poussin sont également étudiés, puisque certains parents sont suivis depuis leur naissance grâce à leur puce électronique.

Pour moi ça se complique vraiment, j’ai oublié d’équiper de puces électroniques les parents - Anne et Pierre - avant leur départ pour suivre leurs futures trajectoires. Je peux en revanche évaluer le sex-ratio des poussins : 2 femmes (40 %), 3 hommes (60 %).

 

Les poussins manchologues avec leur mère : Anne © Pierre-Jean Piovesana
 
L’attachement des parents et poussins à Crozet ne pose aucun doute. Souhaiteront-ils revenir s’y marier est une question ouverte. Pour ce qui concerne l’héritabilité des traits morphologiques, comme indiqué plus haut, à part les bottes et les cirés qu’ils affectionnent particulièrement, pour le moment pas de pistes précises. En revanche, les traits comportementaux des enfants comme des parents se distinguent bien des autres hivernants, et laissent présager quelques résultats intéressants :
  • tous les soirs ils mettent leur nourriture dans de petites boîtes, qu’ils réchauffent le lendemain midi dans une autre grande boîte,
  •  ils disparaissent tôt le matin dans la brume vers la Baie du Marin et réapparaissent tard le soir, au même endroit,
  • on détecte régulièrement dans leur langage les mêmes mots étranges : ours, cochon, antenne, couveur, fish-tag… 
  • avant de dormir, ils aiment bien fabriquer de petits drapeaux multicolores...

La recherche est en cours, les résultats ultérieurs seront donc communiqués sur ce blog. Nous étudierons particulièrement à quel stade de leur développement les poussins manchologues commenceront à émettre des cris de manchots, comme leur père, Pierre.

 
Pli philatélique © Alain Matile